vendredi 02 octobre 2009
Ce soir, une manifestation sera suivie d'un débat de haut vol consacré à la montée des violences dirigées contre les homosexuels. Hussein Bourgi, président du Collectif national contre l'homophobie, incite les
victimes à déposer plainte.
Les plaintes pour agressions homophobes augmentent. C'est le signe qu'il y a davantage de violences ou que les victimes déposent plainte plus facilement ?
L'homophobie est prise en compte par le législateur depuis moins de dix ans. C'est venu bien après le racisme et l'antisémitisme. Pendant longtemps, j'ai donc eu une lecture optimiste des choses. Je me disais que les dépôts de plainte pour agression homophobe progressaient chaque année car les associations et les victimes découvraient ce texte de loi et apprenaient à l'utiliser.
Depuis deux ans, je suis contraint de constater qu'il y a une véritable lame de fond, avec des agressions de plus en plus nombreuses. À Montpellier, on est passé de 10 en 2008 à déjà 20 en 2009 ! Et contrairement à ce que l'on pouvait penser, plus aucun endroit n'est épargné. C'est vrai en milieu urbain, dans les cités et même les campagnes. Cela prend différents visages, plus ou moins sournois, plus ou moins subtils, mais c'est partout. En outre, on observe, et c'est inquiétant, que les agresseurs sont de plus en plus jeunes.
Que faire ?
La première chose que je veux dire, c'est : déposez plainte ! Je respecte évidemment la liberté de chacun. Mais beaucoup hésitent à signaler les agressions. Dire je suis victime d'homophobie, c'est dire de facto je suis homo ! Tout le monde n'est pas à l'aise avec ça. Pourtant, je dis à ceux qui restent silencieux : une victime qui ne dépose pas plainte assure l'immunité à son agresseur. Et donc, d'une certaine façon, cela risque de générer de la récidive.
La circonstance aggravante d'agression à caractère homophobe est-elle utilisée par les parquets ?
Oui, mais de façon inégale. On observe que les différents procureurs en France n'en font pas le même usage. À Montpellier, par exemple, cette circonstance aggravante est visée systématiquement. Il y a d'autres endroits où ce n'est pas le cas...
Trop difficile à faire tenir devant un tribunal ?
Non ! Si vous avez une agression gratuite, sans vol, c'est déjà un signe. Ajoutez à cela des insultes homophobes et c'est caractérisé. Et puis, il y a le choix du lieu de l'agression. Si c'est à la sortie d'une boîte ou d'un bar homo, cela signe souvent l'homophobie. Il y a aussi les lieux de rencontres, comme les parcs. À Nantes, c'est souvent le square Mercoeur.
Ces parcs restent fréquentés par des homosexuels...
C'est la question qui fâche ! Je me la suis posée souvent. Pourquoi, alors qu'il y a les bars, les boîtes ou Internet, ces lieux de rencontre restent si vivants ? Il y a ceux qui vous répondent qu'ils refusent le système marchand. Et il y en a d'autres, et c'est intéressant, souvent des jeunes, qui ne sont pas à l'aise avec leur homosexualité. Qui en sont au stade du questionnement. Et qui ne peuvent pas trouver de réponse dans leur entourage. Ceux-là voient dans les parcs des lieux neutres, avec des anonymes qui vont pouvoir les guider, les informer, sans les juger. Ceux-là n'oseraient pas pousser la porte d'un bar ou d'une boîte.
Recueilli par Thomas HENG.
Collectif contre l'homophobie : www.cch.asso.fr
Manif' ce soir vendredi 02 octobre 2009 à 17 h 30, débat à 20 h
Le centre lesbien, gay, bi et trans de Nantes appelle à manifester « contre la recrudescence des agressions homophobes survenues à Nantes ces derniers mois », ce soir, à 17 h 30, place Royale. Ce mouvement a pour but « d'alerter les pouvoirs publics, de sensibiliser l'opinion et d'encourager les victimes à déposer plainte ». Par ailleurs, à 20 h, une rencontre-débat est programmée dans la salle de conférence de la Manufacture. Plusieurs associations et avocats y prendront part.
Ouest-France